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Interview


ARTICLE N°1192 - 11 avril 2002

La grande force du bois, c’est son caractère écologique !

France Billand

France Billand Sémiologue

Un entretien avec France Billand, sémiologue, consultante, spécialiste des tendances de consommation.

Boisforet-info : France Billand, vous avez été amenée à travailler pour de grands groupes internationaux, pour des organisations professionnelles, notamment dans le domaine de la joaillerie. Récemment, vous avez été sollicitée par la Collective du Bois et de la Forêt pour expliquer un certain nombre d’éléments concernant l’image du bois auprès des consommateurs.

La consommation de bois est, selon vous, sujette à quelques malentendus. Sa perception repose sur une vision un peu romantique et nostalgique de la forêt qui troubleraient l’usage utilitaire qu’on doit nécessairement avoir de ce matériau. Pouvez-vous nous dire si, dans ces conditions, le regain d’intérêt actuel pour le bois est un phénomène durable ?

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France Billand : Je ne sais pas si l’on peut parler de regain. Il est clair que c’est un matériau extrêmement valorisé en termes d’affectivité. Il porte toutes les valeurs positives : il est vivant, chaleureux, convivial. Au point d’apparaître comme un matériau idéal. On constate cependant que, bien que chargé de ces valeurs psychoaffectives dans les descriptions, on laisse dans l’ombre sa dimension pratique, ses usages.
Il y a un décalage énorme entre ce qu’on en dit, ce qu’on croit ressentir et la manière dont on agit véritablement avec lui.
Mais il ne faut pas se méprendre, ce discours est peut-être très rassurant pour les gens qui travaillent le bois. Ils ont l’impression que les consommateurs attendent leurs produits alors que ces derniers se racontent un rêve.

Est-ce que les professionnels ne prêtent pas le flanc à ce penchant en flattant ces sentiments affectifs ?

C’est exactement ce qu’ils font, à tort, je crois. C’est d’ailleurs le problème de la consommation. On croit qu’il faut satisfaire les attentes du public. Dans ce cas, il est clair que le consommateur de bois attend de la poésie. Il demande de l’ancien temps, du passé, de l’histoire, des armoires de grand-mère… Mais plus on alimente ce rêve plus on l’écarte de ses achats concrets. Il convient de distinguer ce que le consommateur exprime affectivement et ce qu’il pense au moment de l’achat quand il dit par exemple qu’une maison en bois est une maison qui brûle ou qu’un parquet est difficile à entretenir et doit être vitrifié.

Vous qui avez travaillé sur des cahiers de tendances, concernant notamment des matériaux prestigieux comme les pierres précieuses, ne pensez-vous pas que les producteurs ont toujours tendance à charger de sens les matériaux qui composent notre univers intérieur ? Le bois n’y échappe pas.

Beaucoup de matériaux sont porteurs de valeurs affectives qui remontent pour certains à la plus haute Antiquité. C’est le cas des pierres, évidemment. Mais le bois est justement un des rares matériaux qui, jusqu'à la fin du XIXe siècle, n’avait pas ou peu de charge symbolique et affective.

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Il était absolument et fondamentalement utilitaire. Il servait à tout, depuis les chantiers de marine en passant par les objets culinaires.
Comme le lin, le bois était un matériau destiné à des usages très triviaux sans dimension poétique. Il est clair en revanche qu’il représentait objectivement des statuts sociaux.
La marqueterie et la sculpture sur bois, comme celles des portes de châteaux et de cathédrales traduisait le statut du propriétaire. À l’inverse, le bois était aussi le symbole de la pauvreté, celui de " la vieille au fagot " ou du pauvre bûcheron. Ses valeurs poétique et affective apparaissent au XXe siècle lorsque le bois se trouve en compétition avec d’autres matériaux qui prennent le devant de la scène.
Plus il perd en usage quotidien plus il gagne en valeur symbolique. À la différence de celle des pierres précieuses, la symbolique du bois est très récente. Elle date sans doute des années trente.

Comment remédier à cette situation sans désenchanter nos intérieurs peuplés d’objets en bois ? Ne va-t-on pas ainsi vers une banalisation du matériau ?

C’est curieux ce terme de désenchantement. J’ai envie vous dire que le bois est trop enchanté. Il a perdu le sens de la réalité et il faut justement réintroduire cette dimension matérielle en le désenchantant. Une autre chose m’agace. Pourquoi un discours technique ou technologique ne serait-il pas enchanteur ? Pourquoi toujours désolidariser la poésie de la technologie ? C’est un travers de notre époque, typique de la communication actuelle sur le bois. À force de croire qu’on ennuie le public avec la technique, on lui sert des mythes archaïques qu’il aime certes, mais qui sont improductifs. Je ne vois d’ailleurs pas en quoi la technologie ne peut pas être enchanteresse. Pourquoi la communication ne s’attache-t-elle pas plus aux qualités physiques du matériau et à ses usages concrets ?

Selon vous, qu’elles sont ces valeurs nouvelles susceptibles d’être porteuses sur le plan technologique et de nous enchanter quant à l’avenir qu’elles nous préparent ?

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Il m’est difficile d’en parler précisément dans la mesure où je ne suis pas spécialiste du matériau bois. Mais, pour le peu que j’en sache, il possède des performances tout à fait comparables sinon supérieures aux matériaux inventés depuis l’essor de l’architecture métallique.
Je crois que la grande force du bois, à la différence d’autres matériaux comme les plastiques notamment, c’est son caractère écologique. Or cet intérêt écologique est totalement méconnu du grand public. Il ignore la relation de ce matériau avec l’écosystème forestier. Sans doute parce que les professionnels de la forêt commettent la même erreur. Elle consiste à surenchérir sur une écologie affective sans jamais expliquer que les coupes de bois sont utiles à la vitalité de la forêt.

Cet effort d’éducation est-il compatible avec le système de valeurs que vous nous avez décrit, lequel privilégie l’archaïsme, la dimension patrimoniale et ancestrale du matériau ?

Je dirais que rien n’est contradictoire en la matière. La poésie n’est pas le contraire de l’information objective et sérieuse sur les écosystèmes. Je pense simplement qu’on doit mettre un bémol sur le côté archaïsant qui pollue l’esprit des gens. Il est indispensable de faire une révolution dans la communication et de s’attacher à parler de l’usage contemporain du bois de la façon la plus concrète. Je ne vois pas pourquoi ce type d’information déplairait au grand public.

Propos recueillis par Gilles Vilain



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