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Interview


ARTICLE N°1748 - 10 janvier 2003

Interview : Une gaule plus paysanne que chevelue

 F. Malrain, V. Matterne, JH. Ivinec

F. Malrain, V. Matterne, JH. Ivinec Archéologues à l'INRAP

Ce mois-ci boisforêt.info se plonge dans les profondeurs de l’histoire de la Gaule avec trois archéologues de l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives.

Photo
Jean-Hervé Ivinec, Véronique Matterne
et François Malrain

François Malrain et Véronique Matterne viennent de publier un ouvrage sur les paysans Gaulois. Jean-Hervé Ivinec archéozoologue.
Puisque à cette époque, tout ce qui n’est pas champ ou pâturage est boisé, l’étude de la paysannerie Gauloise nous fournir une vision en négatif de la forêt gauloise très instructive. C’est, pour le moment, la seule que les sciences sont capables de proposer pour mieux imaginer la réalité des paysages à l’époque Gauloise, mieux cerner la place qu’occupait la forêt à cette époque dans notre pays et par de là mieux comprendre les rapports qu’entretenaient alors les hommes et la nature.

Boisforet.info : Pour commencer, François Malrain, pouvez-vous nous dire rapidement qui étaient les Gaulois ?

François Malrain : La Gaule est avant tout une invention de César qui en fixe les limite en dessous du Rhin. En fait, il ne s’agit pas d’une nation homogène mais d’une soixantaine de peuples qui se juxtaposent les uns les autres. Ils cohabitent, se connaissent, commercent mais ne parlent pas nécessairement la même langue et n’ont pas forcément les mêmes coutumes.

Longtemps, notre connaissance des Gaulois reposait sur les textes de Jules César, on en avait une vision d’un peuple de guerriers et de cavaliers, delà on s’imagine un peuple plus ou moins nomadisant.

François Malrain : Les Gaulois, comme d’autres peuples bien avant eux, sont sédentarisés de longue date. L’image d’Épinal véhiculée par César de barbares pour rendre plus performante sa conquête de la Gaule doit être totalement révisée. Il faut plutôt imaginer une société gauloise, en grande partie agricole.

Votre travail justement consiste à repérer la trace de ces fermes gauloises à l’occasion de fouilles de sauvetages. Avez-vous une idée de la densité du maillage de ces implantations agricoles ?

Photo
François Malrain
© Blvdr

François Malrain : Nous avons un peu de mal à calculer la densité avec précision puisque nous travaillons essentiellement sur des axes linéaires d’infrastructure, comme les tracés TGV par exemple. Sur le territoire français un peu plus de trois cents sites ont été fouillés en une dizaine d’années. Cela veut dire qu’il y a une densité très importante de fermes.
Sur certains terroirs, comme dans la moyenne vallée de l’Oise, dans l’Aisne ou dans l’Yonne, où des programmes de recherche sur le long terme sont menés, nous savons que les fermes d’une même époque sont régulièrement réparties entre 500 m et 1 kilomètre de distance.

Dans votre livre, vous décrivez des fermes relativement spécialisées, vous décrivez une technicité agricole assez évoluée. On a l’impression que les Gaulois étaient déjà de parfaits agronomes.

Véronique Matterne : Il y a des évolutions dans l’agriculture qui laissent présager une amélioration des techniques culturales et une augmentation des rendements à la fin de la période gauloise. Il y a notamment une généralisation de l’outillage en fer à la fin du deuxième siècle. Un siècle plus tôt, à partir de la Tène moyenne, on observe aussi l’abandon de la culture en mélange de plusieurs espèces sur une même parcelle au profit de système où l’on cultive une seule espèce. Ce qui suppose une augmentation des rendements et la possibilité d’obtenir de meilleure récolte.

A-t-on une idée de l’extension des surfaces cultivées, a-t-on une idée de la taille des fermes ?

François Malrain : On a simplement une connaissance précise de la taille de l’enclos domestique qui regroupait les habitations. Leur dimension moyenne est de 500 m2, mais ils peuvent largement dépasser un hectare. Quant à l’exploitation des terres, les champs ou les pâtures, nous en sommes réduits à des hypothèses en partant du nombre de structures de stockage, du nombre de maisons, du nombre moyen d’habitants que l’on peut attendre sur une ferme. En moyenne on pourrait avoir des exploitations qui tournent autour d’une cinquantaine d’hectares.

Par rapport à l’image d’une Gaule chevelue véhiculée par Jules César, on a l’impression que ce semis de fermes ne corrobore pas cette idée d’une Gaule couverte de forêt.

François Malrain : Cela ne corrobore pas du tout cette Gaule dite chevelue. Il faut plutôt imaginer un paysage très largement déboisé, tout au moins où les exploitations ont très largement gagné sur la forêt. Maintenant, préciser l’état de la forêt à l’époque gauloise reste complètement impossible tant les réalités d’une région à une autre sont différentes. Mais l’image est quand même celle d’un paysage très ruralisé.

Photo
Véronique Matterne
© Blvdr

Véronique Matterne : Globalement l’image renvoyée par la palynologie (étude des pollens), qui donne une image régionale du paysage, est quand même celle d’un paysage très ouvert où la forêt occupe une place mineure.

Jean - Hervé Ivinec : Les informations que nous renvoie l’archéozoologie, c’est-à-dire l’étude des ossements animaux, est à peu près la même. Parmi le très peu d’ossements d’animaux sauvages correspondant à du gibier, on trouve principalement des lièvres, des oiseaux des champs mais très peu de gibier forestier.

Justement lors des grands banquets, vous nous dites dans le livre que les paysans gaulois ne mangent pas de sangliers, mais des bœufs…

Jean-Hervé Ivinec : Et du porc. Quand on a la chance de trouver ces sites de banquet, comme Patrice Méniel sur le site d’Acy-Romance, on y mange du mouton, du porc, du bœuf, des chevaux, mais finalement très peu de gibier.

Peut-on extrapoler la relation des Gaulois à la forêt à travers cette très faible consommation de gibier, dont vous dites qu’elle représente seulement environ 1% de l’alimentation

Jean-Hervé Ivinec : C’est difficile de le faire pour une période en particulier. Ce qui est intéressant c’est de voir les évolutions. Pour les périodes suivantes, par exemple Gallo-Romaine, et en particulier pour le Haut puis le Bas Moyen-Age, l’exploitation des animaux sauvages, qu’ils soient des forêts, des marais ou des champs est finalement beaucoup plus importante. Ainsi, les animaux de la forêt sont beaucoup plus présents dans l’alimentation à la période médiévale qu’ils ne l’ont jamais été à la période Gauloise.

Que peut-on en déduire ?

François Malrain : On sait que les porcs domestiques et les sangliers de l’époque Gauloise ne se rencontrent jamais contrairement à la période médiévale où les porcs glandoient en forêt. Cela veut dire que les animaux domestiques gaulois sont cantonnés dans des enclos ou suffisamment surveillés pour qu’il n’y ait pas de mélange entre les animaux domestiques et les animaux sauvages. Donc, la forêt est visiblement mis en retrait par rapport à la société gauloise.

Véronique Matterne : Pour aller dans le même sens, jusqu’au début de l’époque Gauloise, on observe une exploitation des glands assez régulière comme complément alimentaire des céréales. À partir du 5 è siècle avant J.C, on constate que cette denrée n’est plus exploitée. On ne mange plus de glands alors que précédemment on en trouvait régulièrement liés à des structures de grillage ou de stockage.

La forêt est malgré tout très présente dans les fermes gauloises du fait de la prédominance de l’emploi du matériau bois.

François Malrain : En fait, par négatif, elle est omniprésente. Pratiquement tous les objets usuels de l’époque Gauloise sont fabriqués en bois.

Les Gaulois ne chassaient peut-être pas, mais étaient déjà des forestiers

François Malrain : En tout cas ils ont les outils qui leur permettent de travailler le bois, des gouges des ciseaux, des haches pour abattre les troncs, des chariots pour les transporter…Ils savent au moins exploiter et tirer parti de la forêt pour leurs besoins.

Véronique Matterne : Mais l’exploitation intensive du bois n’implique pas le maintien de grandes futaies. On peut avoir une exploitation du bois sur taillis. Ponctuellement dans certaines régions, on voit que la construction utilisait encore des fûts d’un diamètre imposant qui ne suppose pas nécessairement des futaies primaires, mais au moins des forêts bien conservées avec des grandes futaies. Par contre, la règle générale est la réduction du gabarit des troncs utilisés dans la construction. On voit également augmenter le nombre de bois de réemploi de grand gabarit. Ce qui montrerait, dans certaines régions, une pénurie en arbres de grande taille à la fin de la période gauloise, avant la conquête romaine.

On peut s’étonner alors que Jules César ait qualifié la Gaule de chevelue si vous nous dites que c’était déjà un paysage rural avec beaucoup de champs, avec plus de taillis que de futaies…

Photo
Jean-Hervé Ivinec
© Blvdr

Jean-Hervé Ivinec : Là encore, c’est peut-être une perception culturelle, parce que pour un italien, la Gaule pouvait avoir un aspect très boisé. Il est vrai aussi que ponctuellement, ou même dans certaines zones, on peut avoir des boisements importants. On a des exemples dans la plaine de Caen où l'on a des zones de collines qui devaient être fortement boisées. Les données archéo-entomologiques, c’est dire donnée par les insectes, montrent qu’il y a sur ces buttes une présence de très vieilles futaies avec des espèces que l’on ne trouve plus aujourd’hui, dans le Nord de la France, que dans les très vieilles forêts de Compiègne et de Fontainebleau.

Est-ce que l’on retrouve des implantations agricoles gauloises dans nos forêts actuelles ?

François Malrain : Tout à fait. Dans certains secteurs qui étaient encore récemment boisés et qui ont été défrichés pour des exploitations de sable, on a trouvé une ferme Gauloise qui indique clairement que l’espace, à cette époque, était déforesté . Il y a eu visiblement une reprise de la forêt après la période Gauloise et après une réimplantation de deux fermes à l’époque moderne, au 17 è siècle, une laïque et une ecclésiastique, qui ont à nouveau défriché la forêt. Quand nous sommes arrivés en 2000, l’endroit était à nouveau boisé. On a ainsi une succession d’avancée et de recul de la forêt qui est en constante mouvance. Donc il ne faut ne faut pas imaginer un état figé du paysage mais quelque chose qui est en mouvement permanent.

Pour en savoir plus

Les Paysans Gaulois (IIIè siècle-52 avant J.C)
François Malrain, Véronique Matterne, Patrice Méniel.
Paris, Edtion Errance –INRAP
mai 20002
254 pages
26 euros

contacts :

François Malrain : francois.malrain@wanadoo.fr
Véronique Matterne : hfzech@wanadoo.fr
Jean-Hervé Ivinec : jh.ivinec@aol.com

I.N.R.A.P. (Institut National des Recherches Archéologiques Préventive)
7, rue de Madrid 75008 PARIS
01 40 08 80 00
01 43 87 18 63
www.inrap.fr (à partir de février 2003)
contact : vincent.charpentier@inrap.fr

Antenne régionale Nord-Picardie
518, rue Saint Fuschien
80 000 Amiens
Tel : 03 22 33 50 30

Laboratoire archéologique et de carpologie
CRAVO
(centre de recherche archéologique de la Vallée de l’Oise)
Jean-Hervé Ivinec
21 r Cordeliers 60200 COMPIEGNE
Tel : 03 44 23 28 10
Fax : 03 44 20 44 99
cravolac@aol.com

François Delaunay



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