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ARTICLE N°1831 - 18 mars 2003

"Le bois peut être une source importante de stockage et un moyen de réduire les émissions"

Rajendra  Pachauri

Rajendra Pachauri Président du Groupe International des Experts sur l’Évolution Climatique

Interview du Dr Rajendra Pachauri, Directeur général du Tata Energy Research Institute, Président du Groupe International des Experts sur l’Évolution Climatique (IPCC, en anglais ).

La tendance au réchauffement climatique est aujourd’hui un phénomène confirmé par la science. Pensez-vous que l’humanité et les gouvernements ont pris toute la mesure des enjeux ?

Photo
Dr Rajendra Pachauri
© Blvdr

Dr Rajendra Pachauri : Je pense que la connaissance de la science des changements climatiques s'est substantiellement développée ces dernières années. Les gouvernements comme la société civile sont aujourd'hui beaucoup mieux informés sur la nature des changements climatiques et sur ses différents impacts. Le protocole de Kyoto est un bon début, mais il ne représente qu'une toute petite étape de l'action à mener.
En premier lieu, la stabilisation de la concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère terrestre exigera une plus grande réduction des émissions, particulièrement dans les pays développés. Le protocole de Kyoto n'est qu'un un premier pas dans cette direction.
En second lieu, un grand nombre de pays devront s'adapter aux conséquences du changement climatique alors que nous n'avons aucun mécanisme international pour les aider à relever ce défi, particulièrement dans les sociétés les plus pauvres de cette planète. La compréhension des conséquences du changement climatique par les gouvernements et la société civile est donc essentielle pour être sûr que les actions sont bien dimensionnées et vont dans la bonne direction.

Pensez-vous qu’il soit possible de réduire de moitié les émissions de CO2 de l’humanité ?

Dr Rajendra Pachauri : Je crois que la réduction de 50% des émissions de CO2 dans le monde est non seulement possible mais également souhaitable pour l'humanité. Les scénarios de l'IPCC montrent clairement les trajectoires permettant d’y parvenir. De fait, les pays développés devront réduire massivement leurs émissions pendant que les pays du Sud continueront à augmenter les leurs pour assurer leur développement jusqu'à un certain niveau afin d’éradiquer la pauvreté.
Bien sûr, en temps utile, ces derniers devront à leur tour stabiliser leurs émissions afin d’atteindre un niveau de convergence entre les pays du Nord et ceux du Sud.

Dans ce contexte que peut-on attendre des puits de carbone et notamment des puits de carbone forestiers ?

Dr Rajendra Pachauri : Le monde devrait chercher une combinaison de solutions associant la réduction des émissions et les moyens de stockage du carbone. Les forêts pourraient être une importante source d'absorption de carbone mais nous ne pouvons limiter nos efforts aux seuls puits de carbone qu’elles représentent. Il faut exploiter beaucoup d'autres options comme les possibilités de stocker du carbone dans le sol.

Le recours au bois comme énergie renouvelable vous paraît-il être une piste pour un développement économique durable, notamment dans les pays du Sud ? Votre pays, l’Inde, travaille-t-il dans cette direction ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Dr Rajendra Pachauri : Le bois peut être une source importante de stockage et un moyen de réduire les émissions. Dans certaines parties du monde, diverses variétés de bambous sont utilisées depuis des siècles dans de très nombreuses applications : dans la construction, la fabrication de meubles, pour l’alimentation et le fourrage voire comme carburant.
Si nous devons réorganiser notre développement économique dans une perspective durable et réduire ainsi les émissions de CO2, les éco-matériaux devront alors remplacer des matériaux comme l'acier dont la production est responsable de très fortes émissions de CO2. Il nous faudrait mettre en place des politiques incitatives et dissuasives pour favoriser l'utilisation des matériaux qui stockent le carbone.
Stratégiquement, c'est une direction à prendre très intéressante. L'IPCC n'est pas une organisation tournée vers la recherche, toutefois il sera certainement conduit à examiner des options comme celle que je viens de décrire.

Pensez-vous que l’utilisation du bois dans la construction doit être encouragée au niveau planétaire ?

Dr Rajendra Pachauri : La biomasse en général et le bois en particulier sont très certainement des sources d'énergie renouvelables intéressantes. La gazeïfication de la biomasse représente un énorme potentiel, en particulier dans les régions subtropicales et tropicales.
En Inde, tout particulièrement, cette méthode suscite un intérêt croissant. Mon propre Institut (le Tata Energy Research Institute, NDR) est d'ailleurs pionnier dans ce domaine. Nous avons développé des systèmes de gazéification de la biomasse pour la production électrique mais également pour une série d'applications comme la production de chaleur pour la cuisine, les plantations et l'industrie de la soie.

Selon vous, quelles sont les conditions nécessaires pour que l’humanité puisse miser durablement sur le bois ?

Dr Rajendra Pachauri : Je pense que la réflexion sur l'utilisation du bois dans la construction ou pour tout autre usage est souhaitable du point de vue économique. Je ne pense pas que le bois est, en quoi que soit, un matériau de construction démodé car il est toujours privilégié dans un grand nombre d'applications.
D'autres matériaux de construction ont été développés parce qu'ils étaient plus intéressants sur le plan économique pour les applications concernées. Mais si l'on engageait suffisamment de recherches pour améliorer, par des traitements appropriés, la durabilité, la résistance du bois, il n'y a aucune raison pour qu’il ne devienne pas un matériau de construction utilisé à très grande échelle. Bien sûr, il faudrait évaluer les caractéristiques géographiques du marché du bois.
Il peut constituer un matériau de construction très intéressant en Suède ou en Finlande mais pas nécessairement en Arabie Saoudite. Pour des raisons à la fois d'approvisionnement et de conditions climatiques, le bois est une solution adaptée dans une région et pas à une autre.

Dans une optique de gestion forestière durable, y-a-t-il des raisons qui justifient que l’on ne développe pas l’utilisation du bois pour la construction et l’énergie ?

Dr Rajendra Pachauri : Il est nécessaire de considérer à la fois les aspects relatifs à l'approvisionnement et à la demande en bois dans les différentes parties du monde. S'il y avait une taxe associée à l'émission de CO2 et des incitations au stockage du carbone alors toute l'économie de la production et de l’utilisation du bois changerait en conséquence.
Il est vraiment nécessaire d’évaluer ce débouché économique afin de décider qu'elle serait la bonne stratégie pour réduire les émissions de CO2 et promouvoir le stockage du carbone.

Propos recueillis par François Delaunay et Steve Carpentier
Traduction Hélène Pourquié



Avec bois-foret

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Lire la version en anglais de l'interview de Rajendra Pachauri
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Vers d'autres sources

Le site de l'Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC)
Groupe International des Experts sur l’Évolution Climatique
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Le site du Tata Energy Research Institute (TERI)

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