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Interview


ARTICLE N°1892 - 9 avril 2003

"Il faut définir une politique forestière à l’échelon de l’Europe."

 Hugues Martin

Hugues Martin Député européen, président de l'intergroupe Forêt

Hugues Martin, nouveau président de l’Intergroupe Bois-Forêt au Parlement Européen développe ses projets pour renforcer la place de la forêt dans la politique de l’Union.

Hugues Martin, vous êtes député UMP au Parlement européen, membre du groupe Parti Populaire Européen. Vous êtes également premier adjoint à la mairie de Bordeaux et, à ce titre, l’élu d’un département à forte densité forestière. Ce domaine vous intéresse depuis longtemps car vous avez commencé votre carrière professionnelle dans la filière bois. Aujourd’hui, vous nous recevez à l’occasion du lancement de l’Intergroupe européen Bois-Foret. Quelle est le but de cette initiative ?

Photo
Hugues Martin
© DR

Hugues Martin : C’est une initiative liée à un groupe qui existait déjà mais était en léthargie. J’ai voulu le réactiver quand j’ai pris conscience que le forêt , sous toutes ses composantes, la forêt que nous aimons, était la mal aimée des institutions européennes et je me suis dis qu’il fallait faire quelque chose. En premier lieu parce que j’ai une affection particulière pour la forêt et que je considère que l’Europe ne doit pas se désintéresser de cet espace qui recouvre plus d’un tiers de son territoire et un quart du territoire national.

Selon vous et vos collègues membres de cet Intergroupe, y a t il un grave déficit en matière de politique forestière ?

Hugues Martin : Plus que de déficit, il faut parler d’absence de politique avec du saupoudrage qui a été fait progressivement, au fil des ans, initié parfois par le Conseil (des Ministres) c’est-à-dire par les États et d’autres fois par la Commission ou le Parlement Européen.
Je ne sais pas si je réussirai mais mon ambition est de faire sorte qu’on puisse définir une politique forestière à l’échelon de l’Europe qui ne soit évidemment pas incompatible avec ce que pourront faire les États. Je suis français avant d’être européen. Je suis totalement pour la subsidiarité mais il y a, à l’échelle de l’Europe, des solidarités qui doivent jouer. En ce qui concerne la forêt, il importe de prendre en compte l’environnement, ce que fait partiellement l’Europe alors qu’elle néglige les dimensions sociale et économique.

L’une des premières initiatives de l’Intergroupe dont vous assurez désormais la Présidence a été d’exposer les vives critiques de vos collègues parlementaires à l’égard du Règlement Forest Focus. Qu’est-ce qui justifie de telles critiques ?

Hugues Martin : Le projet Forest Focus est venu après que le Parlement européen a gagné son recours contre la Commission auprès la Cour de Justice Européenne. Ce projet vise principalement à remettre en forme deux Directives en fonction de cette décision afin d’y remettre un peu d’ordre sur le plan judiciaire. Cela ne me convient pas notamment parce que la partie " Prévention " n’est plus prise en compte.

Quelles sont les grandes lignes de ce Règlement ?

Hugues Martin : Jusqu’à présent, toute la partie concernant la prévention des incendies relevait de crédits pluriannuels et autonomes. Actuellement, nous rentrons dans le cadre de ce qu’on appelle le RDR*. Cela signifie que les crédits ne sont plus pluriannuels et autonomes mais dépendent de ce que feront les différentes nations.
C’est d’autant plus grave que les millions d’euros - parlons argent ! - correspondant aux lignes budgétaires anciennes n’ont pas été repris dans le document de base Forest Focus de la Commission. Le rôle de l’intergroupe Bois-Foret a été de faire en sorte que certains députés européens, notamment la députée espagnole Madame Redondo, rapporteur du projet de Règlement Forest Focus, réintègre toute la partie prévention ainsi que les crédits correspondants.
Cela nous semble d’autant plus nécessaire que ce Forest Focus s’arroge de nouvelles compétences. On trouve par exemple un article qui prévoit la surveillance de la diversité biologique, du changement climatique et du piégeage du carbone et des sols. C’est la Commission européenne qui avait prévu cela.
Pour sa part la Commission agricole du Parlement s’est prononcée à une immense majorité contre la totalité du document Forest Focus. Ce qui prouve que les parlementaires sont très sensibles à ce type de texte et que chacun d’eux a pris conscience de ses insuffisances. D’ailleurs, sur le plan législatif, ce texte pose des problèmes tels qu’il n’est pas du tout impossible que nous soyons amenés à aller, de nouveau, devant la Cour Européenne de Justice. Je suis de ceux qui demandent à la Commission de produire des textes qui soient compatibles avec les lois européennes et les traités. Ce qui n’est pas le cas actuellement.

Au-delà de cette " bronca " parlementaire, votre activité au sein de l’Intergroupe Bois-Forêt vise, on l’imagine, à relancer et à dynamiser la politique européenne de la forêt. Quelles sont les grandes orientations sur lesquelles vous souhaitez que l’Europe puisse s’engager ?

Hugues Martin : La première orientation va peut-être vous étonner. D’autant qu’elle n’est pas forcément facile à obtenir. Mais " là où il y a une volonté, il y a un chemin " disait le Général de Gaulle. Il s’agit de faire en sorte que la forêt, même si c’est un peu tard, soit mentionnée dans le futur Traité.
La Convention qui est en train de travailler mettra en œuvre une proposition pour un nouveau Traité. Elle va compiler les textes initiaux mais on peut très bien mettre des pans entiers nouveaux. Mais comme la forêt n’était mentionnée nulle part, je vais tenter de demander à des conventionnels et à des parlementaires qui suivent les travaux de la Convention de faire prendre en compte la dimension forestière dans le Traité. Si nous y parvenons, nous aurons déjà gagné. Cela voudra dire que la forêt est reconnue comme telle sur l’ensemble de ses composantes… Environnementale mais également économique et sociale.

Vous considérez donc que la forêt est un sujet digne d’intérêt pour la politique européenne ?

Hugues Martin : Si l’on arrivait à ne mettre, ne serait-ce qu’une phrase assurant la reconnaissance de la forêt dans le futur Traité, ce qui n’a pas été fait à cause de la PAC (Politique agricole commune) et ses connotations un peu sulfureuses, je crois que nous aurions beaucoup avancé. De cette reconnaissance dans le Traité pourra découler toute une série d’actions : celles de Forest Focus, par exemple, auxquelles je ne suis pas opposé mais qui me semblent insuffisantes ; tout ce qui concerne la partie " Surveillance " et " Prévention " dont nous avons longuement parlé ; mais aussi la partie économique. Le rôle des institutions européennes peut être tout à fait décisif à cet égard y compris pour protéger l’Europe d’arrivages massifs de bois de pays tiers. Tout cela peut se réguler or ce n’est pas le cas actuellement.

Cette dernière proposition ne contrevient-elle pas au grand principe de la politique européenne : le refus du protectionnisme ?

Hugues Martin : Ce n’est pas être protectionniste que de prendre des dispositions qui permettent de lutter avec efficacité contre d’éventuelles importations de bois dénaturés ou coupés en fonction de critères qui ne sont pas les nôtres. On peut arriver à passer des accords dans une multitude de domaines de l’économie. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas possible dans le domaine de la forêt.

Cette réponse nous conduit à aborder la question de la certification des bois. Pensez-vous que l’Europe est trop timide sur ce terrain ?

Hugues Martin : Je trouve que les professionnels ont très bien travaillé puisque d’une certification américaine on est arrivé à une certification européenne, initiée par des opérateurs privés, qui est maintenant une référence mondiale. Je crois donc que ce type d’action est le bon.

En ce qui concerne le rôle de la forêt dans le changement climatique, on a constaté lors des dernières rencontres internationales que l’Europe était quelque peu démunie face aux initiatives qui visaient à prendre en compte ces puits de carbone. Ne pensez-vous pas que l’absence de politique forestière que vous déplorez affaiblit la position européenne dans ces négociations ?

Hugues Martin : Le bois est un régulateur extraordinaire. Et le fait d’intégrer le bois et la forêt dans le Traité peut nous permettre d’intervenir au plan international. D’autant plus d’ailleurs qu’en matière environnementale, l’Europe est en pointe.

Au-delà de Forest Focus et des critiques que vous avez été amené à formuler, quelles sont les actions que vous comptez prochainement mener avec vos collègues de l’Intergroupe parlementaire Bois-Forêt ?

Hugues Martin : Je ne sais pas s’il y aura de grandes initiatives. La priorité est de développer qualitativement ce groupe pour avoir des gens motivés capables de nous aider dans tous les domaines.
S’agissant des actions, nous souhaitons d’abord aller sur le terrain pour voir ce qui se passe dans les domaines de la surveillance et de la prévention. Et j’ai prévu d’organiser prochainement un déplacement dans le nord de l’Espagne et en Aquitaine pour sensibiliser les députés et les fonctionnaires à ce qui est fait et ce qui peut être fait, in situ, en la matière.
Enfin, il faut continuer notre travail pour obtenir une reconnaissance bien légitime de la forêt. Si ce n’est dans le Traité, ce sera ailleurs. Dans tous les cas, nous voulons éviter ce genre de scénario ridicule, en faisant en sorte qu’il y ait au moins une sorte de règlement cadre.

Vos préoccupations sont-elles partagées par beaucoup de parlementaires? Voyez vous se développer chez vos collègues un intérêt susceptible de les attirer dans votre intergroupe ?

Hugues Martin : L’intérêt, il faut un peu le susciter. Au Parlement, nous avons tous une charge difficile, avec des responsabilités importantes ici et dans nos pays respectifs. Et chacun, bien évidemment, est pris par ses centres d’intérêt personnels.
Je ne peux pas vous dire que l’ensemble des députés européens sont soucieux de se préoccuper de la forêt. Je crois qu’ils le sont au fond de leur cœur parce qu’ils en connaissent les bienfaits mais ils ne sont pas forcément attentifs à l’ensemble de ses composantes, notamment économiques.
Par conséquent, le rôle de l’intergroupe est de les sensibiliser. Nous évoquions la possibilité d’un déplacement mais j’envisage également une grande exposition sur la forêt au cours d’une séance plénière du Parlement. Pourquoi pas à la rentrée ?

Propos recueillis par Gilles Vilain


*Règlement de Développement Rural : Le RDR constitue le cadre réglementaire unique pour le développement des zones rurales dans l'Union européenne.




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