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Interview


ARTICLE N°2249 - 6 octobre 2005

Deux experts du bois-énergie face à la crise pétrolière

 


Face aux menaces de crise pétrolière, le gouvernement a indiqué qu’il voulait promouvoir des alternatives, grâce notamment à un effort accru en faveur des énergies renouvelables. Deux experts donnent leur avis sur l'avenir du bois-énergie.

Thierry Bélouard, responsable de l’unité Études et Prospective de l’IFN (Inventaire forestier national) a conduit l'étude d'évaluation des ressources en bois-énergie à l’échelle nationale menée dans le cadre du programme bois-énergie 2000-2006 de l’Agence de l’Environnement et la Maîtrise de l’Énergie (ADEME).

Jean-Cristophe Pouet est responsable du programme Bois-Énergie 2000 – 2006, piloté par l’ADEME et relayé par les régions dans le cadre des contrats de plan État-Régions

BFI : Face à la crise pétrolière qui menace, le bois-énergie est-il une alternative sérieuse?

Thierry Bélouard:
De toute évidence, la tension sur les marchés pétroliers incitent à rechercher des voies alternatives. Le contexte est simplement un révélateur de la crise actuelle. C’est d’ailleurs sans doute pour cela que le Ministère de l’Industrie, par le truchement de l’ADEME, a confié à l’IFN, il y a plusieurs mois, une étude sur le potentiel énergétique des forêts françaises. Nous nous sommes efforcés de prendre en compte l’exploitation qui en était déjà faite à ce titre dans la perspective d’une valorisation théorique optimale. Pour comprendre notre démarche, il faut considérer que la valorisation énergétique des ressources forestières existe déjà et repose principalement sur des sous-produits des travaux forestiers. Or, notre appréciation n’est pas neutre car d’autres activités de la filière-bois, comme la papeterie ou l’industrie du panneau, sont également consommatrices de ces ressources.

Jean-Cristophe Pouet: La filière bois-énergie existe, en effet. Et la crise actuelle lui donne une certaine visibilité, ce dont elle manquait cruellement. Elle s’est développée, à partir des usages traditionnels - le bois étant dans notre pays comme dans beaucoup d’autres l’une des plus anciennes sources d’énergie - sur des bases plus rationnelles au cours des quinze dernière années. Toujours est-il qu’entre ces deux modes de valorisation, l’un traditionnel et l’autre technologique, le bois-énergie fournit, bien qu’on l’oublie souvent, la moitié de la consommation en énergies renouvelables, avec près de 9 Mtep, derrière l’hydroélectricité. En réalité, les énergies renouvelables les plus médiatiques occupent une place marginale dans l’éventail des ressources actuellement exploitées. La question, de notre point de vue, est double : Quel rôle assigne-t-on au bois compte tenu de son importance actuelle ? Et partant, quelles sont les marges de manœuvre pour cette énergie?

BFI : Mais si l’intérêt du bois dans la politique énergétique n’est plus à démontrer, comment évaluez-vous son rôle dans la nouvelle donne du marché de l’énergie?

Thierry Bélouard: Pour l’heure, et c’est une bonne chose me semble-t-il, notre démarche s’est cantonnée à une approche strictement “ comptable ” des ressources ligneuses, dans les conditions actuelles “ d’exploitabilité ”. Nous n’avons pas souhaité entrer dans ces considérations économiques qui dépassent notre compétence et nos connaissances afin de nous concentrer sur la ressource stricto sensu. C’est ainsi que notre première évaluation a permis de mettre en évidence les parties de l’arbre aujourd’hui non pris en compte par la valorisation actuelle des sous-produits de l’exploitation forestière. Dès lors, il a fallu tenir compte des considérations spécifiques ou régionales, suivant les types de peuplements et les pratiques sylvicoles. Très rapidement, ce type d’évaluation a fait apparaître des différences importantes et s’est révélé beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine. Néanmoins, une fois ces différentes réserves levées, nous proposons une évaluation réaliste. Le gisement lié à l’exploitation actuelle est d’environ 12,6 millions de tonnes anhydre par an, ce qui représente 5,4 pour la France entière si on considère seulement les branches et le menu bois de la tige et de 16,9 tonnes anhydre par an en incluant le petit bois de la tige soit 7,3 Mtep/an.
Nous avons également évalué un gisement potentiel supplémentaire issu de la mobilisation intensive de rémanents de l’exploitation forestière, des éclaircies résineuses, des petist bois et taillis qui serait de l'ordre de 3,4 millions de tep par an.


Jean-Christophe Pouët

Jean-Cristophe Pouët: Evidemment les acteurs de la filière bois-énergie au plus haut point car elle dessine le cadre dans lequel les activités de valorisation peuvent concrètement se déployer. S’agissant du bois-énergie, j’évoquais tout à l’heure une production de l’ordre de 9 Mtep. Aujourd’hui, elle se concentre essentiellement chez les particuliers, avec des appareils de conception ancienne dont le rendement mérite d’être amélioré. C’est sur ce dernier point qu’il convient de progresser. Pour le reste, c’est sur la partie aujourd’hui minoritaire de cette production mais la plus avancée sur le plan technique que repose l’avenir de la filière. Ce sont les chaudières collectives – pour les équipements locaux, l’habitat et le tertiaire – qui tirent techniquement et économiquement le bois-énergie.

BFI : Outre le coût des équipements collectifs, on s’interroge également sur la sécurité des approvisionnements ? Ces craintes sont-elles fondées ?

Jean-Cristophe Pouët:Je crois qu’il faut lever quelques ambiguïtés. Si elle est incontestablement renouvelable, l’énergie-bois ne doit pas être considérée comme une énergie nouvelle. Et pour cause. Cela étant dit, toutes les craintes relatives à la nouveauté peuvent être levées. Comme celles qui concernent les approvisionnements. Aujourd’hui, l’offre est bien structurée en termes de volume et de logistique. Pour le bois de feu, les particuliers disposent d’approvisionnements assurés sur l’ensemble du territoire. Quant au secteur émergent du bois-énergie proprement dit, il bénéficie actuellement d’une sécurité accrue sur ces approvisionnements car, contrairement aux produits pétroliers, les prix du bois sont très stables. Cette forte stabilité de la ressource permet de compenser, à moyen terme, les surcoûts de l’investissement. De plus, les développements récents de la filière poussent de plus en plus de forestiers, propriétaires, coopératives, entreprises de travaux forestiers à investir dans la fourniture de combustible, dans des conditions industrielles et sur la base de cahiers des charges normalisés. Le fait que des opérateurs tels qu’EDF se lancent désormais dans la production d’électricité à partir de la biomasse et du bois devrait rassurer les plus sceptiques quant à la maturité de la filière bois-énergie.

Thierry Bélouard: Compte de nos évaluations et des conditions actuelles d’exploitation, il apparaît évident que les forêts n’ont absolument rien à craindre d'une valorisation accrue du bois-énergie. À cet égard, le spectre de l’exploitation sauvage du bois chauffage qui a ravagé nos forêts jusqu’au XIXe siècle doit être écarté. J’ajouterais même que dans nos évaluations, nous n’avons même pas pris en compte les ressources ligneuses que constituent, par exemple, les forêts périurbaines, les arbres urbains et les zones bocagères. Dans une approche raisonnée, indépendante de toutes pénuries ou situation d’urgence, ces gisements ne méritent même pas d’être pris en considération.

Propos recueillis par Gilles Vilain

Tableau des énergies renouvelables
La production thermique d'origine renouvelable (y compris les biocarburants) augmente modérément : + 2,5 % avec 10,5 Mtep (contre 10,2 Mtep en 2003), en liaison avec une légère hausse de la consommation de bois de chauffage des ménages, liée à un climat un peu plus frais pendant les mois de chauffage qu'en 2003.
Elle est assurée principalement par le bois et les déchets de bois (82 % à 8,6 Mtep), et dans une moindre mesure par les déchets urbains (8 %), des biocarburants (4 %) et des pompes à chaleur (3 %). La part résiduelle concerne le solaire thermique, la géothermie, le biogaz et les résidus de récoltes.
On note pour 2004 :
- une stagnation des productions thermiques issues de la géothermie, du biogaz et des déchets de récolte.
- le ralentissement de la croissance de la production de chaleur en provenance des déchets urbains (+ 1 %), après plusieurs années de forte progression, dans un contexte de stabilisation de la cogénération.
- une augmentation sensible de la production de biocarburants (+ 12 %), dont une partie a été exportée, principalement vers l'Allemagne et l'Italie.
- une légère hausse à climat réel, de l'utilisation de bois de chauffage des ménages compte tenu d'un climat un peu moins clément qu'en 2003, mais une baisse tendancielle globale, à climat normal, semble toutefois se confirmer.
Étant donnée l'impossibilité d'estimer les stocks de bois constitués par les détaillants et les particuliers, on adopte par convention que la production est égale à la consommation de bois combustible. Le manque de données disponibles à ce jour concernant la consommation des ménages rend les résultats fragiles. On note en revanche la progression toujours soutenue des installations de chaufferies collectives et industrielles (328 chaufferies au bois engagées contre 273 en 2003, pour une puissance de 167 MW dans le cadre du " Plan bois énergie 2000-2006", également conduit par l'ADEME).





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