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Interview


ARTICLE N°364 - 9 janvier 2001

Sébastien Genest , responsable du réseau Forêt de France Nature Environnement (FNE)

Sébastien Genest

Sébastien Genest

Naturaliste et forestier, Sébastien Genest, veut muscler la gestion durable des forêts

Responsable du réseau Forêt de France Nature Environnement (FNE), Sébastien Genest est le représentant des associations naturalistes au sein du Conseil Supérieur de la Forêt et des Produits Forestiers. Dans cette instance de concertation et de dialogue sur les politiques forestières en France, Sébastien Genest siège à côté des représentants de l’Etat et des professionnels de la filière bois.

Homme de terrain, il est particulièrement attentif à ce que les bonnes intentions énoncées au nom de la gestion durable et de la multifonctionnalité des forêts se traduisent concrètement dans les pratiques sylvicoles.

On pourrait facilement imaginer le représentant des associations de protection de la nature, perché, au Jardin des Plantes sur une branche des nombreuses disciplines des sciences de la nature. Autant le dire tout de suite, ce serait faire fausse route. Sébastien Genest est d'un tout autre genre.

Mais ce n’est pas lors de ses très courtes visites dans la capitale que l’on peut découvrir de quel bois est fait ce personnage inattendu, ancien entrepreneur forestier, gestionnaire de milieu naturel et porte-parole du milieu associatif.

C’est qu’en raison de ses obligations professionnelles, ce délégué national limite ses séjours parisiens à des passages éclairs. "Certains, au sein des instances de concertation, sont surpris que nous soyons bénévoles", note-t-il. La volonté du milieu associatif d’établir un dialogue constructif avec les gestionnaires forestiers n’en est que plus estimable à ses yeux.

"Il faut instaurer des passerelles entre ces deux mondes qui s’ignorent ", juge Sébastien Genest qui, pour avoir fréquenté les deux rives, sait de quoi il parle. La tâche est d’autant plus nécessaire que France Nature Environnement, malgré les 600 000 membres des 3000 associations qu’elle fédère, reste largement méconnue des professionnels de la filière bois "Nous ne sommes pas très bons en communication ", confesse l’administrateur de FNE.

Outre une légitimité indiscutable, une longue et solide expérience de terrain, le réseau Forêt FNE se donne les moyens de travailler sérieusement. "Nous disposons de trois chargés de mission pour coordonner le travail des associations locales ", explique le pilote du réseau. Les positions défendues par Sébastien Genest sont le fruit d'une véritable réflexion collective, basée notamment sur l’expérience d’associations engagées concrètement dans la gestion d’espaces naturels. En clair, représentative d’un secteur en pleine structuration et en cours de professionnalisation.
"Nous souhaitons une forêt plus proche de la nature avec une gestion respectant mieux la biodiversité ", prévient Sébastien Genest.

Sur le terrain, il ne résiste pas au plaisir de démontrer, exemple à l’appui, qu’il est tout à fait possible de préserver l’habitat de telle ou telle espèce de chauve-souris, d’oiseau ou d’insecte sans pour autant renoncer à l’exploitation du bois.

Sébastien Genest ne se berce pas d’illusion pour autant. Il sait pertinemment que le développement durable de la forêt ne pourra pas se faire uniquement par petites touches et que des changements en profondeur seront aussi nécessaires. Il considère notamment qu’il faudra remettre en question la politique systématique de la futaie régulière, favoriser la diversification des modes de traitement et doter la France d’un " réseau de réserves intégrales digne de ce nom ".

Mais s’il ne se prive ni pour dénoncer les excès des politiques forestières du passé, ni pour critiquer certains comportements actuels, Sébastien Genest cherche aussi à éviter les approches simplistes de la forêt. "Comment pourrais-je ignorer la complexité et la nature parfois paradoxale de la forêt alors que plus de 80% des surfaces boisées de ma région ont été plantés après 1900", note-t-il amusé. Au détour d’un chemin, le spectacle d’une plantation de Douglas laissée à l’abandon par un propriétaire privé choque sa fibre de forestier. "Si personne n’intervient, les plants seront étouffés dans moins d’un an", déplore-t-il en soulignant le gâchis de subventions publiques que de telles négligences entraînent.

En fait, Sébastien Genest est convaincu qu’on ne peut pas se contenter d’opposer la fonction économique de la forêt avec celle de la préservation de la biodiversité. "Dans une gestion durable de la forêt, elles devraient aller de pair", estime-t-il. " En conservant plus d’espèces secondaires, de merisier par exemple, les propriétaires peuvent augmenter leur revenu forestier ", argumente ce fervent partisan de la futaie irrégulière.

Sébastien Genest estime d’ailleurs qu’il serait bon que la France produise et utilise plus de bois. "À condition, toutefois, de prendre toutes les garanties pour assurer une gestion durable de la forêt française ", prévient-il. Ce qui, dans le détail et à l’échelle locale, est, d’après lui, loin d’être toujours le cas.

La dénonciation n’est cependant pas le fonds de commerce de FNE qui, au contraire, a choisi de s’impliquer très concrètement, au côté des professionnels de la filière bois, pour mettre en place le système de certification de la gestion durable des forêts. "Nous avons accepté de participer au système PEFC car cela nous paraît être une bonne démarche pour généraliser l’amélioration des pratiques sylvicoles", explique-t-il.
"De plus, l’application de la certification PEFC se fait dans un cadre régional qui semble bien adapté à la spécificité de la forêt française ", précise Sébastien Genest qui estime, a priori que le système PEFC sera plus contraignant que le système FSC, conçu au niveau mondial plus particulièrement pour protéger les forêts équatoriales et boréales, soumises à d’autres pratiques sylvicoles particulièrement prédatrices. Il se refuse toutefois à opposer les deux systèmes. "Ils sont complémentaires et peuvent parfaitement fonctionner ensemble ", note le responsable de France Nature Environnement.

Quoi qu'il en soit, le réseau forêt FNE n’entend pas jouer les cautions écologistes et se faire payer de mots. "Par-delà les déclarations de bonnes intentions, nous serons très attentifs à la mise en œuvre du terrain ", prévient Sébastien Genest. En dépit de son air gentil, il sait aussi se montrer ferme. "Si le milieu associatif n’est pas pris suffisamment au sérieux, je n’hésiterais pas à proposer un désengagement", affirme-t-il.
Bref, Sébastien Genest est un partisan du dialogue, avec lequel il faudra compter.




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