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Interview


ARTICLE N°524 - 20 avril 2001

" Le bois a rendez-vous avec l’histoire"

François Brottes Député de l'Isère


Un entretien avec François Brottes, député de l'Isère et rapporteur de la loi d'orientation sur la forêt.


    François Brottes, vous êtes député de l’Isère, depuis 6 ans, rapporteur de la loi sur la forêt, on peut dire que vous avez fait de la forêt et du bois votre cheval de bataille politique. Pourquoi ce choix ?
D’abord ce n’est pas mon seul cheval de bataille, je suis aussi rapporteur des questions sur la poste et les télécommunications. Ce qui n’a strictement rien à voir. Juste pour dire que nous, députés, nous sommes un peu éclectiques quand même…

C’est vrai que j’ai une vraie passion pour le bois et la forêt, même si je n'ai pas eu l’occasion de m’y consacrer avant la campagne législative. En fait l’histoire est assez simple. Candidat dans une circonscription à 60 % forestière, j'ai animé une réunion publique à Saint-Pierre de Chartreuse. Il n’y avait que deux personnes, le maire et un autre monsieur que je ne connaissais pas.
Après avoir expliqué mon programme, je lui demande : " et vous, qui êtes vous ?". Il me répond : " Je suis Maurice Luquin, Président des sylviculteurs de Chartreuse et nous sommes 1000". Comprenant qu’il était là en délégation, je lui demande : " Alors quels sont vos problèmes ? " Là, il s'est lancé : " Plus personne ne s’occupe de nous, nous avons des problèmes fiscaux pour acheter des parcelles. Ça ne va pas du tout. Quand la forêt n’est pas entretenue, dans certains endroits, il y a des problèmes de risques de glissements de terrain. Enfin, il m’explique tout ça… Je lui dis. :"Et bien moi je m’engage à m’intéresser à votre sujet. Vous me faites savoir qu’il y a des réponses législatives à apporter, il me semble donc logique que, si je suis élu, je suive la question."
Comme dans les soixante-dix autres communes, il y avait plus d’une personne à mes réunions, j’ai été élu. Et j'ai tenu cette promesse.

Depuis, je préside le groupe filière bois à l’Assemblée qui comporte plus de 70 députés. De fil en aiguille, j’ai été désigné rapporteur du texte de loi, et j’ai pris à bras le corps ce sujet, considérant que c’était, par nature, un sujet d’aménagement du territoire puisqu'il concernait 30% de l’espace national. C’est aussi un sujet transversal, qui révèle à la fois des préoccupations rurales et citadines.

    Quel était l’état de la situation ?
Nous avons une filière forêt bois très fragile, avec beaucoup de petites entreprises, familiales, très artisanales, qui ne sont pas toujours engagées dans une logique d’innovation débordante. La balance commerciale est déficitaire alors que nous avons une ressource très abondante. La forêt privée est très morcelée, avec bientôt un propriétaire par arbre, ce qui empêche la gestion. En Chartreuse, il y a des parcelles de 900 mètres de long sur 2 mètres de large. Comment voulez-vous gérer cela tout seul ?
Et puis en même temps, il y a une espèce d’inconscient collectif du grand public qui est atteint par le syndrome de la déforestation tropicale. Sting et consors mettent le doigt sur le scandale de la déforestation à outrance, qui tue les hommes et la biodiversité dans certains endroits de la planète. C'est très vrai, mais cela ne correspond pas à la problématique française voire européenne.
Dans l’esprit des gens, il y a un mélange des genres. Moi -même, quand j’étais gamin, j’écoutais Maxime Leforestier qui chantait "comme un arbre dans la ville" et qui disait que ce n’était pas bien de couper des arbres.
En fait, et le sondage de la Collective du bois (1) l’a démontré, il existe une sorte de conflit entre les citadins et les forestiers. C'est pourquoi il faut travailler pour modifier les mentalités car c’est un problème culturel. Mais il y a aussi des enjeux économiques et de développement local qui justifient que l’on redynamise cette filière. A certains égards, elle est un peu poussive.

    En fait, il faut renouer le dialogue.
C’est ce que nous avons fait. À l’initiative du groupe d’études parlementaires, j’ai organisé des tables rondes dans une quinzaine de régions en prévision de l’élaboration du projet de loi. Elles rassemblaient des députés de droite et de gauche. On a fait ensuite deux tables rondes thématiques au niveau national. L’une abordait la question de l’adéquation entre l’amont et l’aval, entre l’offre de la forêt et la demande des entreprises de la filière, l’autre celle du marché et de la commercialisation des bois. Ces tables rondes ont débouché sur un colloque qui a mis en évidence les points de blocage à dénouer pour avoir une stratégie forestière un peu plus offensive et mieux comprise, dans le respect bien sûr, de ce qu’on appelle la gestion durable.
Tout ceci m’a permis de préparer la loi d’orientation forestière. À tel point que, lorsque la loi est arrivée au Parlement, une bonne partie du texte a été réécrite. J’ai fait 250 amendements sur les bases issues de cette très large concertation.

    En quoi la forêt et le bois sont-ils des sujets modernes pour notre société ?
Oui, ce sont des sujets éminemment modernes.
D’abord parce que la forêt appartient au paysage de tout le monde. Même dans la région parisienne, on est en forêt assez vite.
Ensuite, parce que c’est un enjeu mondial, international qui est au cœur des négociations sur l’effet de serre, c’est une modernité dont on se passerait, mais cela montre bien, au moins, l’actualité du sujet. A une époque où l'on se pose le problème des énergies renouvelables, des matériaux renouvelables, le bois a rendez-vous avec l’histoire.

    Comment est née l’idée de la Semaine du bois ?
D’abord je suis très heureux puisque c’est un bébé que j’ai porté. En octobre 99 à la tribune de l’Assemblée Nationale, dans le débat sur les orientations budgétaires du Ministère de l’Agriculture, j’ai conclu mon intervention en disant qu’il fallait créer un évènement fédérateur qui sorte le bois de son ghetto et la forêt de son isolement. Un événement pour que les gens se parlent plus. On ne peut pas avoir d’un côté ceux qui transforment, ceux qui exploitent et par ailleurs ceux qui se baladent, les protecteurs de l’environnement.
J’ai mis un an à faire aboutir cette idée parce que la filière n’était pas forcément prête à vivre un évènement comme celui-là, surtout après la tempête. Mais je tiens chaque fois à rappeler que ce n’est pas la tempête qui justifie la Semaine du Bois, mais l’état de la filière et le niveau de connaissance ou la méconnaissance que le public a de la forêt et du bois en France.

    Que pensez-vous de l’implication des acteurs de la filière dans cet événement ?
Alors bien sûr, quand je vois que toute la filière s’est mobilisée, qu’on a réussi à réunir un certain nombre de parrains d’horizons très divers, des sportifs, des environnementalistes, des industriels, des politiques…, je suis ravi. Je ne suis pas étonné des 800 voire 1000 projets, ils témoignent de la très forte attente des acteurs du secteur. Je crois que nous tenons quelque chose de fort et puissant.
On ne pouvait pas se cantonner au texte de loi, il fallait aussi une mobilisation des acteurs et ce n’est pas le journal officiel qui mobilise les acteurs. La semaine du bois c’est vraiment des manifestations qui se passent sur le terrain. C’est aussi mélanger des genres, mélanger des gens, qui, à la limite, jusqu’à présent, était en opposition. C’est l’expression d’une volonté d’arriver à une meilleure compréhension mutuelle.




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